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Arrivée de Stauffenberg
Seconde-Guerre.com
Attentat contre Hitler, opération Walkyrie, tentative de coup d’État, échec et répression : comprendre le complot du 20 juillet 1944.
Dossier thématique · Résistance allemande
Une bombe explose au quartier général d'Hitler. À Berlin, des officiers tentent d'utiliser l'opération Walkyrie pour renverser le régime nazi. En quelques heures, l'attentat manque son objectif et le coup d'État s'effondre.
La lente formation d'une coalition contre Hitler.
La résistance allemande n'a jamais constitué un mouvement unifié comparable à une armée clandestine nationale. Elle rassemble des réseaux très différents : anciens responsables politiques, chrétiens, syndicalistes, diplomates, intellectuels et officiers. Certains rejettent le national-socialisme dès 1933 ; d'autres s'en éloignent progressivement, après les crimes du régime, les guerres d'agression ou la certitude de la défaite.
Dans l'armée, les premières tentatives sérieuses apparaissent avant même la guerre. Autour de Ludwig Beck, démissionnaire de son poste de chef d'état-major en 1938, et de Hans Oster, des officiers envisagent d'agir pendant la crise tchécoslovaque. Les accords de Munich désamorcent pourtant la crise et renforcent le prestige d'Hitler. Après 1939, les victoires militaires paralysent encore l'opposition.
Le tournant vient avec la guerre d'anéantissement à l'Est, les massacres de masse et l'enlisement militaire. Henning von Tresckow devient l'une des figures centrales du réseau militaire. En mars 1943, il fait placer un explosif dans l'avion d'Hitler ; le dispositif ne se déclenche pas. D'autres projets échouent ou sont annulés. Ces tentatives montrent le principal dilemme des conjurés : supprimer Hitler ne suffit pas. Il faut simultanément contrôler Berlin, les communications, les centres de commandement et les unités capables de défendre le régime.
Transformer un plan officiel en instrument de coup d'État.
Walkyrie est à l'origine un plan officiel de l'armée de réserve. Il doit permettre de rétablir l'ordre dans le Reich en cas de troubles intérieurs, notamment face à une révolte de travailleurs forcés ou à l'effondrement de l'administration. Friedrich Olbricht, Albrecht Mertz von Quirnheim et leurs alliés en modifient secrètement les ordres : après la mort d'Hitler, ils annonceront qu'un groupe de dirigeants du parti et de la SS a tenté un coup de force.
Ce mensonge opérationnel doit donner une apparence légale aux premières heures du putsch. Les commandants territoriaux recevraient l'ordre d'occuper les ministères, les stations de radio et les centres de transmission, puis d'arrêter les responsables nazis. Ludwig Beck est pressenti comme chef de l'État, Carl Goerdeler comme chancelier et Erwin von Witzleben comme commandant suprême de la Wehrmacht.
Le plan demeure fragile. Il dépend de la mort certaine d'Hitler, d'ordres envoyés rapidement et de l'obéissance d'officiers qui ignorent souvent la véritable finalité de Walkyrie. Il suppose aussi que les conjurés contrôlent les communications. Or ni la radio ni les liaisons avec le quartier général du Führer ne seront neutralisées.
De la Wolfsschanze à l'effondrement du putsch à Berlin.
Arrivée de Stauffenberg
Préparation de la bombe
L'explosion
Départ pour Berlin
Déclenchement de Walkyrie
Hitler est vivant
Le putsch se désagrège
Exécutions au Bendlerblock
Une succession d'aléas, de retards et de faiblesses structurelles.
La survie d'Hitler est déterminante, mais elle n'explique pas tout. La mallette est déplacée derrière le lourd support de la table, ce qui atténue le souffle. Stauffenberg n'a pu armer qu'une charge. La réunion a lieu dans un bâtiment ventilé dont les fenêtres sont ouvertes, et non dans un bunker fermé qui aurait amplifié l'explosion.
Le deuxième échec est celui du commandement. Entre la première nouvelle de l'explosion et le lancement de Walkyrie, plusieurs heures sont perdues. À Berlin, Friedrich Fromm refuse de s'engager. Les conjurés ne coupent ni le réseau téléphonique de la Wolfsschanze ni la radio nationale. Le régime peut donc affirmer qu'Hitler est vivant et envoyer des contre-ordres.
Enfin, le réseau est trop étroit pour imposer durablement son autorité. Certains commandants appliquent Walkyrie par discipline, puis se rétractent dès qu'ils comprennent la situation. D'autres attendent une confirmation. La conjuration possède des personnalités prestigieuses, mais elle ne dispose ni d'une force autonome suffisante ni d'un moyen direct de mobiliser la population.
La vengeance du régime dépasse les participants directs.
Dès la nuit du 20 au 21 juillet, la Gestapo mène une enquête immense. Les arrestations dépassent rapidement le cercle des participants directs. Le régime applique aussi la Sippenhaft, la responsabilité familiale : des proches sont interrogés, emprisonnés ou envoyés dans des camps et des foyers sous de fausses identités.
Les principaux accusés comparaissent devant le Volksgerichtshof, le Tribunal du peuple présidé par Roland Freisler. Les audiences filmées sont conçues comme des humiliations publiques. Beck meurt au Bendlerblock ; Witzleben, Hoepner et de nombreux autres sont condamnés à mort. Les exécutions se poursuivent jusqu'aux derniers mois de la guerre.
Le nombre exact des victimes liées à la répression varie selon les critères retenus, car les arrestations touchent des réseaux multiples et des personnes déjà surveillées. Il est donc plus rigoureux de parler de milliers d'arrestations et de plusieurs centaines d'exécutions ou de morts, plutôt que de prétendre à un chiffre unique incontestable.
Héroïsation, contradictions et place dans l'Allemagne contemporaine.
Après 1945, les conjurés du 20 juillet sont parfois considérés comme des traîtres, avant de devenir des figures centrales de la mémoire démocratique allemande. Le Bendlerblock, lieu des exécutions, abrite aujourd'hui le Mémorial de la Résistance allemande. La date du 20 juillet occupe une place majeure dans les cérémonies de la Bundeswehr.
Cette reconnaissance ne doit pas transformer le groupe en bloc homogène ni effacer ses contradictions. Plusieurs militaires ont servi loyalement le régime pendant des années ; certains conservaient des conceptions autoritaires, nationalistes ou territoriales incompatibles avec la démocratie actuelle. D'autres, au contraire, étaient engagés depuis longtemps pour des raisons éthiques, religieuses ou politiques.
Leur action ne met pas fin à la guerre et n'empêche pas les crimes des derniers mois. Elle prouve néanmoins qu'au cœur même de l'appareil d'État et de l'armée, des Allemands ont choisi de risquer leur vie pour renverser Hitler. Comprendre le 20 juillet exige de tenir ensemble ces deux vérités : le courage réel de la rupture et le caractère tardif, minoritaire et politiquement pluriel de la conjuration.
Retrouver les acteurs du complot dans les biographies du site.
L'attentat
Le gouvernement projeté
Le commandement
Le Bendlerblock
Le refus
Un rôle débattu
Références institutionnelles et travaux historiques.
Le coup d'État du 20 juillet
Stauffenberg et l'attentat
La résistance allemande à Hitler
Peter Hoffmann · Balland
Ian Kershaw · Seuil