Général et chef tchetnik
1893 — 1946
À retenir
Draža Mihailović fonda en 1941 un mouvement royaliste de résistance connu sous le nom de Tchetniks. D’abord soutenues par les Alliés, ses forces privilégièrent ensuite la lutte contre les Partisans et plusieurs unités collaborèrent avec les occupants ; des formations tchetniks commirent aussi des massacres de civils.
Jeunesse et formation
Officier serbe, Mihailović combat dans les guerres balkaniques puis pendant la Première Guerre mondiale. Après 1918, il poursuit une carrière d’état-major dans l’armée yougoslave.
Débuts professionnels
Attaché militaire et instructeur, il est connu pour ses positions critiques sur l’organisation de l’armée. Colonel lors de l’invasion allemande d’avril 1941, il refuse la capitulation générale.
Mihailović fut décoré dans les guerres balkaniques et la Première Guerre mondiale. Officier d’état-major, il servit comme attaché en Bulgarie et en Tchécoslovaquie et s’intéressa à la guerre de guérilla. Ses critiques de la défense yougoslave et ses contacts politiques lui valurent des sanctions, mais il resta colonel en 1941.
Après l’effondrement du royaume, il rassembla autour de Ravna Gora des officiers et soldats principalement serbes. Il se considérait comme le représentant de l’armée royale dans la patrie et voulait conserver ses forces jusqu’à un débarquement allié ou à l’affaiblissement décisif de l’Allemagne.
Seconde Guerre mondiale
1941
Installé à Ravna Gora, il constitue les détachements tchetniks de l’Armée yougoslave. Une brève coopération avec les Partisans cède vite la place à la guerre civile. Craignant les représailles allemandes, Mihailović limite les attaques directes.
1942–1943
Ministre de la Guerre du gouvernement en exil, il peine à contrôler des commandants locaux. Plusieurs groupes tchetniks coopèrent avec les Italiens ou les Allemands contre les Partisans et commettent des violences de masse contre des populations musulmanes et croates.
1943–1945
Les Britanniques transfèrent leur soutien à Tito. Les forces de Mihailović se désagrègent tandis que les Partisans prennent le pouvoir.
De la résistance à la guerre civile
À l’été 1941, Tchetniks et Partisans menèrent parfois des actions communes. Leur rupture fut rapide : Mihailović craignait les représailles allemandes et la révolution communiste, tandis que Tito voulait poursuivre l’insurrection. Les deux mouvements s’affrontèrent dès l’automne. Pour de nombreux commandants tchetniks, la destruction des Partisans devint prioritaire par rapport au combat contre l’occupant.
Une organisation fragmentée
L’autorité de Mihailović sur les chefs locaux variait fortement. En Serbie, au Monténégro, en Bosnie et en Dalmatie, des unités conclurent des arrangements avec les Italiens, le gouvernement collaborateur serbe ou parfois les Allemands. Elles reçurent armes ou ravitaillement pour combattre les Partisans. Des massacres de populations musulmanes et croates furent commis au nom de projets de territoires ethniquement homogènes.
Mihailović transmit parfois des instructions ambiguës et ne contrôla pas tous les crimes, mais il ne peut être séparé du mouvement qu’il dirigeait. Les renseignements alliés, les rapports des missions sur place et les communications de l’Axe convainquirent Londres que les Partisans contribuaient davantage à la guerre contre l’Allemagne.
Le sauvetage d’aviateurs et l’effondrement
En 1944, l’opération Halyard permit aux Tchetniks d’évacuer plusieurs centaines d’aviateurs alliés abattus au-dessus des Balkans. Cet acte est solidement établi et mérite d’être reconnu. Il ne supprime cependant ni les collaborations locales ni les crimes. Après la reconnaissance de Tito par le roi Pierre II, Mihailović perdit SA légitimité officielle et ses forces se fragmentèrent.
Procès, réhabilitation juridique et histoire
Son procès de 1946 fut organisé par un régime communiste victorieux qui limita la défense et poursuivait un objectif politique. L’annulation de la condamnation en 2015 a reconnu ces irrégularités de procédure ; elle n’a pas déclaré historiquement innocents Mihailović ou l’ensemble des Tchetniks. Confondre réhabilitation judiciaire et verdict historique alimente une mémoire nationale polarisée.
Fin de guerre et après-guerre
Capturé en mars 1946, Mihailović est jugé à Belgrade, condamné pour trahison et crimes de guerre puis fusillé. Le lieu de SA sépulture reste inconnu. Une cour serbe annule SA condamnation en 2015 pour irrégularités de procédure, sans trancher la responsabilité historique de son mouvement.
Héritage et distinctions
Mihailović demeure une figure fortement disputée. Le sauvetage d’aviateurs alliés par certains Tchetniks est établi, mais ne peut effacer la collaboration locale, la priorité donnée à la guerre civile et les crimes commis par des unités du mouvement.
Mihailović reçut à titre posthume la Legion of Merit américaine pour l’aide apportée aux aviateurs, distinction longtemps tenue discrète pour des raisons diplomatiques. SA mémoire oppose encore deux récits incomplets : celui d’un premier résistant trahi par les Alliés et celui d’un simple collaborateur. Les sources montrent une trajectoire où résistance initiale, attentisme, guerre civile, sauvetages et collaboration coexistent.