Recevant à Berchtesgaden le ministre italien des Affaires
étrangères, Galeazzo Ciano,
Hitler ne lui cache pas son amertume pour
l'échec des opérations italiennes en Grèce, ni sa préoccupation devant
les dissenssions qui existent au sein du commandement suprême italien.
Hitler signale à Ciano, et le rapellera dans une lettre à
Mussolini,
qu'à partir des bases aériennes grecques à Athenes, Salonique, Larissa
et Arta, la Royal Air Force peut bombarder les puits de pétrole roumains
de Ploesti. Il estime donc nécessaire d'intervenir, mais cela ne lui
est pas possible avant le 15 mars 1941.
D'après lui, le
Duce doit changer radicalement de politique envers
la Yougoslavie et l'attirer dans l'orbite de l'Axe, au besoin en lui
promettant le port de Salonique après la défaite de la Grèce.
Mussolini ne doit pas oublier que les bases aériennes britanniques
en Grèce constituent une menace pour l'Albanie et pour toute l'Italie
méridionale.
Hitler ajoute qu'il faut barrer la Méditerrannée à la Royal Navy,
chercher une entente avec la Turquie, convaincre la Roumanie d'accepter
des garnisons allemandes plus importantes et la Hongrie de laisser
transiter la
Wehrmacht sur son territoire, battre les Britanniques
en Afrique du Nord, enfin amener l'Espagne à entrer dans le conflit
par une attaque sur Gibraltar.
C'est un fait une véritable leçon de politique et de stratégie
humiliante, un vrai camouflet, même si, pour adoucir ses propos,
le
Führer dit à Ciano qu'il demeure lié au dictateur italien
par "une chaude et indéfectible amitié".