Homme politique collaborationniste
1887 — 1945
À retenir
Chef du parti fasciste Nasjonal Samling, Vidkun Quisling tenta un coup d’État radiodiffusé lors de l’invasion allemande de la Norvège. À la tête d’un gouvernement collaborationniste de 1942 à 1945, il devint le symbole international de la trahison.
Jeunesse et formation
Officier brillant, Quisling sert comme attaché militaire en Russie puis participe à des missions humanitaires avec Fridtjof Nansen. Ses expériences nourrissent un anticommunisme radical.
Débuts professionnels
Ministre de la Défense de 1931 à 1933, il fonde ensuite Nasjonal Samling. Le parti, nationaliste et autoritaire, reste électoralement marginal malgré son admiration pour le nazisme.
Quisling avait d’abord acquis une réputation favorable par son travail avec Nansen lors de la famine en Russie et par ses missions diplomatiques. Son évolution vers l’autoritarisme mêla anticommunisme, nationalisme, théories raciales et conviction d’être appelé à sauver la Norvège. Comme ministre de la Défense, il affronta le mouvement ouvrier et dénonça des menaces révolutionnaires souvent exagérées.
Nasjonal Samling copiait certains éléments du fascisme européen : chef charismatique, uniformes, organisation paramilitaire et antisémitisme. Le parti ne dépassa pourtant jamais une faible part des voix. Avant l’invasion, Quisling rencontra Hitler et Rosenberg, mais l’importance exacte de ses informations dans la décision allemande ne doit pas être surestimée.
Seconde Guerre mondiale
9 avril 1940
Profitant de l’invasion allemande, Quisling annonce à la radio qu’il prend le pouvoir. Les Allemands l’écartent rapidement car son initiative rencontre peu de soutien.
1940–1942
Il reconstruit son parti sous l’occupation et collabore avec le commissaire du Reich Josef Terboven.
1942–1945
Nommé « ministre-président », il participe à la nazification, à la répression et à la persécution des Juifs. Son gouvernement contribue aux arrestations qui conduisent à la déportation de centaines de Juifs norvégiens.
Le coup de force radiophonique
Le 9 avril 1940, Quisling profita du désordre pour annoncer un gouvernement et ordonner la fin de la résistance. Son initiative surprit même plusieurs responsables allemands et ne lui donna aucun contrôle réel. Face à son impopularité, les occupants installèrent d’abord un conseil administratif puis le Reichskommissariat de Terboven.
Le régime collaborateur
À partir de 1942, Quisling dirigea un gouvernement national sans souveraineté véritable. Il tenta de transformer l’école, la jeunesse, l’Église et les associations selon le modèle du parti. La résistance des enseignants, des pasteurs et d’une grande partie de la société limita la nazification. Le régime participa néanmoins à la police politique, aux condamnations et à la mobilisation de volontaires pour le front de l’Est.
En octobre et novembre 1942, la police norvégienne arrêta les hommes, femmes et enfants juifs. La plupart des déportés furent envoyés à Auschwitz et assassinés. Les autorités allemandes dirigeaient la politique d’extermination, mais l’appareil de Quisling et des fonctionnaires norvégiens fournirent une coopération indispensable.
Un pouvoir dépendant de l’occupation
Quisling souhaitait une Norvège alliée à l’Allemagne et dirigée par son mouvement ; Hitler ne lui accorda jamais l’indépendance espérée. Terboven conserva le pouvoir décisif et utilisa le gouvernement collaborateur pour donner une apparence nationale aux mesures d’occupation. Cette faiblesse ne réduit pas SA responsabilité : Quisling choisit la collaboration et chercha à imposer son projet grâce à la victoire allemande.
Fin de guerre et après-guerre
Arrêté après la capitulation allemande, il est jugé pour haute trahison, meurtre et vol. Condamné à mort, il est fusillé à la forteresse d’Akershus le 24 octobre 1945.
Héritage et distinctions
Son nom est devenu dans plusieurs langues un nom commun désignant un collaborateur ou un traître. Cette postérité reflète la profondeur du rejet suscité par son régime.
Son procès se déroula dans le cadre du rétablissement légal norvégien. Les débats portèrent notamment sur l’application de la peine de mort, réintroduite pendant la guerre. Le mot « quisling » était déjà devenu synonyme de traître avant son exécution, preuve d’une condamnation internationale qui dépasse largement l’importance réelle de son parti.