Résistant et président du Conseil
1890 — 1981
À retenir
Antifasciste de longue date, Ferruccio Parri fut l’un des chefs de la Résistance italienne sous le nom de guerre « Maurizio ». Après la Libération, il dirigea le premier gouvernement réunissant les partis issus de la Résistance.
Jeunesse et formation
Formé en lettres, Parri enseigne puis sert comme officier pendant la Première Guerre mondiale. Plusieurs fois blessé, il reçoit des décorations pour sa conduite au combat.
Débuts professionnels
Journaliste au Corriere della Sera, il refuse de se soumettre au fascisme. Il aide en 1926 le dirigeant socialiste Filippo Turati à fuir l’Italie, ce qui lui vaut arrestation, prison et relégation. Libéré, il poursuit clandestinement son engagement au sein de Giustizia e Libertà.
L’expérience de la Première Guerre mondiale donna à Parri une forte légitimité patriotique. Son antifascisme ne pouvait donc être présenté comme un refus de la nation ou du service militaire. Après l’assassinat de Matteotti et la consolidation de la dictature, il choisit l’opposition active. L’évasion de Turati vers la Corse fut l’une des opérations clandestines les plus célèbres de l’antifascisme italien.
Les années de prison, de relégation et de surveillance ne mirent pas fin à son engagement. Au sein de Giustizia e Libertà, il défendit une synthèse de démocratie, de justice sociale et de républicanisme. Cette culture politique prépara le Parti d’action, créé clandestinement en 1942.
Seconde Guerre mondiale
1943–1944
Après l’armistice, il participe à la fondation du Parti d’action et devient une figure centrale du Comité de libération nationale de Haute-Italie. Sous le pseudonyme Maurizio, il est commandant adjoint du Corps des volontaires de la liberté.
1945
Arrêté brièvement par les Allemands en janvier puis libéré dans un échange, il reprend sa place à la tête de la Résistance jusqu’à l’insurrection d’avril.
Organiser la Résistance au Nord
Après le 8 septembre 1943, Parri contribua à transformer des groupes dispersés en une force politique et militaire. Le Comité de libération nationale de Haute-Italie coordonnait des formations communistes, actionnistes, socialistes, démocrates-chrétiennes, libérales et autonomes. L’unité restait fragile : les partis divergeaient sur la révolution sociale, la monarchie et l’avenir institutionnel.
Sous le nom de Maurizio, il participa au commandement du Corps des volontaires de la liberté avec Luigi Longo et Raffaele Cadorna. Il défendit une résistance populaire disciplinée et chercha à obtenir la reconnaissance des Alliés. Les partisans menaient sabotages, renseignement, guérilla et administration de zones libérées, tandis que les représailles allemandes et fascistes frappaient les civils.
Arrestation et insurrection
Capturé à Milan en janvier 1945, Parri fut interrogé et emprisonné. Sa libération dans un échange de prisonniers lui permit de reprendre ses fonctions avant l’insurrection d’avril. Le CLNAI ordonna la prise de pouvoir dans les villes du Nord avant l’arrivée complète des Alliés et proclama l’autorité de la Résistance.
Du combat à un gouvernement difficile
Son gouvernement réunissait les partis issus du CLN mais devait reconstruire l’économie, désarmer les formations, épurer l’administration et régler la question institutionnelle. Parri voulait une rupture profonde avec l’État fasciste ; les forces modérées redoutaient l’instabilité sociale, tandis que communistes et socialistes poursuivaient leurs propres stratégies. La coalition se brisa après quelques mois.
Fin de guerre et après-guerre
Président du Conseil de juin à décembre 1945, il tente d’épurer l’État et de lancer la reconstruction, mais son gouvernement tombe sous la pression des partis libéral et démocrate-chrétien. Il reste ensuite sénateur et défenseur de la démocratie antifasciste.
Héritage et distinctions
Parri incarne une Résistance à la fois militaire, civique et républicaine. Son passage bref au gouvernement traduit les difficultés à transformer l’unité de la lutte clandestine en programme politique commun.
Parri continua de défendre une lecture exigeante de la Résistance contre les tentatives de banaliser le fascisme. Il participa à la création de l’Institut national pour l’histoire du mouvement de libération et fut nommé sénateur à vie. Son échec gouvernemental n’efface pas son rôle dans la construction d’une mémoire civique et documentaire de l’antifascisme.