Vice-amiral
1887 — 1944
À retenir
Chūichi Nagumo commanda la force de porte-avions qui attaqua Pearl Harbor, puis mena les raids japonais du début de 1942. Sa défaite à Midway, avec la perte de quatre porte-avions, marque un tournant majeur de la guerre du Pacifique.
Jeunesse et formation
Diplômé de l’Académie navale en 1908, Nagumo se spécialise dans les torpilles et commande plusieurs bâtiments. SA carrière est d’abord celle d’un officier de guerre de surface plutôt que d’un spécialiste de l’aviation navale.
Débuts professionnels
Il devient vice-amiral en 1939 et prend en avril 1941 le commandement de la 1re Flotte aérienne. Il doit intégrer des groupes aéronavals puissants mais encore récemment réunis en une force opérationnelle unique.
Nagumo appartenait à la génération des spécialistes du torpillage et des grandes unités de surface. Il avait commandé des destroyers, des croiseurs et une division de cuirassés, mais ne possédait pas l’expérience aéronautique de plusieurs de ses subordonnés. SA désignation à la tête de la force de porte-avions répondait largement aux règles d’ancienneté. Il s’appuya donc sur des officiers comme Minoru Genda pour la planification aérienne.
La Kidō Butai réunissait six porte-avions, leurs groupes aériens, des escorteurs et des ravitailleurs. Cette concentration était novatrice et donnait au Japon une puissance de frappe sans équivalent au début de la guerre. Elle exigeait cependant des décisions rapides dans un environnement où la reconnaissance restait limitée et où les ponts d’envol étaient vulnérables pendant le réarmement des appareils.
Seconde Guerre mondiale
1941–avril 1942
SA force frappe Pearl Harbor le 7 décembre 1941, puis intervient à Rabaul, Darwin et dans l’océan Indien. Nagumo respecte des objectifs prudents et se retire sans lancer une troisième vague à Hawaï.
Juin 1942
À Midway, les hésitations imposées par une situation tactique confuse et l’attaque des appareils américains conduisent à la perte des quatre porte-avions japonais engagés.
1942–1944
Il commande encore à Santa Cruz, puis occupe des fonctions navales dans les Mariannes. Lors de l’invasion américaine de Saipan, il se suicide le 6 juillet 1944.
Pearl Harbor et le choix du retrait
Après deux vagues d’attaque, Nagumo décida de regagner le Japon. Les cuirassés américains étaient frappés, mais les porte-avions étaient absents et les dépôts de carburant, ateliers et cales sèches demeuraient largement intacts. Une troisième attaque aurait pu accroître les dégâts, mais elle aurait aussi exposé la flotte à une riposte dont Nagumo ignorait la position. Son choix, souvent présenté comme une faute évidente, doit être replacé dans cette incertitude et dans l’objectif initial de préserver les porte-avions.
De l’océan Indien à Midway
Au printemps 1942, SA force mena des raids efficaces dans l’océan Indien et coula plusieurs bâtiments britanniques. À Midway, la situation devint beaucoup plus confuse : appareils revenant de l’attaque de l’île, nécessité d’armer une seconde vague, détection tardive de la flotte américaine et attaques successives fragmentèrent le rythme des opérations. Les bombardiers en piqué américains surprirent trois porte-avions japonais dans un moment de grande vulnérabilité ; le quatrième fut coulé plus tard.
Les Salomon et Saipan
Nagumo commanda encore les porte-avions à la bataille des Salomon orientales et à Santa Cruz. Cette dernière infligea de lourdes pertes aux groupes aériens japonais, même si les Américains perdirent le porte-avions Hornet. Affecté ensuite à des commandements territoriaux, il se trouva à Saipan lorsque les forces américaines débarquèrent en juin 1944. Coupé de tout espoir de secours, il se donna la mort alors que la défense s’effondrait.
Évaluer son commandement
Réduire Midway à l’indécision de Nagumo simplifie excessivement la bataille. Le plan de Yamamoto, le renseignement américain, l’insuffisance de la reconnaissance et l’absence de radar efficace comptèrent autant que ses choix. Nagumo resta néanmoins responsable de l’exécution tactique. Son parcours montre le décalage entre une organisation fondée sur l’ancienneté et la spécialisation nouvelle exigée par la guerre aéronavale.
Fin de guerre et après-guerre
Il est promu amiral à titre posthume. La disparition de la force de Midway reste indissociable de son nom, même si la défaite résulte aussi du plan japonais, du renseignement américain et de décisions prises à plusieurs niveaux.
Héritage et distinctions
Nagumo fut un commandant expérimenté placé à la tête d’un outil nouveau. Son parcours illustre à la fois la puissance initiale et la fragilité de l’aéronavale japonaise.
Longtemps associé aux deux images opposées de Pearl Harbor et de Midway, Nagumo fut moins un innovateur qu’un exécutant expérimenté. La destruction de SA force en juin 1942 ne mit pas immédiatement fin à la puissance navale japonaise, mais elle priva l’empire d’un noyau de porte-avions et d’équipages qu’il ne put reconstituer au même rythme que les États-Unis.