Homme d’État et diplomate
1890 — 1986
À retenir
Proche collaborateur de Staline, Viatcheslav Molotov dirigea le gouvernement soviétique puis la diplomatie. Son nom reste associé au pacte germano-soviétique d’août 1939, avant qu’il ne représente l’URSS dans la Grande Alliance contre l’Allemagne.
Jeunesse et formation
Né Viatcheslav Skriabine, il rejoint les bolcheviques en 1906 et adopte le pseudonyme Molotov. Arrêté et exilé à plusieurs reprises, il participe à l’organisation du parti après la révolution de 1917.
Débuts professionnels
Allié fidèle de Staline, il devient président du Conseil des commissaires du peuple en 1930. Il participe à la collectivisation, aux politiques répressives et aux purges. En mai 1939, il remplace Litvinov aux Affaires étrangères.
Molotov fut l’un des plus anciens collaborateurs de Staline. À la tête du gouvernement entre 1930 et 1941, il participa directement à la collectivisation forcée, à l’industrialisation accélérée et au fonctionnement de la terreur. Sa signature apparaît sur de nombreuses listes d’exécutions. Son image de bureaucrate sans émotion ne doit pas masquer sa responsabilité politique dans les famines, les déportations et les purges.
Son remplacement de Litvinov aux Affaires étrangères en mai 1939 signalait que Moscou envisageait un accord avec Berlin. Les négociations aboutirent au pacte germano-soviétique du 23 août. Les protocoles secrets facilitaient le partage de la Pologne et délimitaient les zones d’influence soviétique et allemande dans les États baltes, en Finlande et en Bessarabie.
Seconde Guerre mondiale
1939–1941
Il signe avec Ribbentrop le pacte de non-agression dont les protocoles secrets répartissent des zones d’influence en Europe orientale. Le 22 juin 1941, c’est lui qui annonce à la radio l’invasion allemande.
1941–1945
Vice-président du gouvernement et commissaire aux Affaires étrangères, il négocie avec Londres et Washington, signe le traité anglo-soviétique et participe aux conférences de Moscou, Téhéran, Yalta et Potsdam.
Du pacte avec Hitler à l’invasion
Après le partage de la Pologne, Molotov défendit publiquement l’accord et présenta la guerre anglo-française contre l’Allemagne comme impérialiste. Il négocia avec Berlin des échanges économiques qui fournirent au Reich des matières premières importantes. En novembre 1940, ses entretiens avec Hitler et Ribbentrop révélèrent cependant des intérêts incompatibles dans les Balkans, en Finlande et autour des détroits.
Lorsque l’Allemagne attaqua le 22 juin 1941, Molotov annonça la guerre à la population et conclut par la formule : « Notre cause est juste. L’ennemi sera battu. La victoire sera nôtre. » Il participa ensuite à la création de la coalition avec des États que la propagande soviétique avait récemment dénoncés.
La diplomatie de la Grande Alliance
À Londres et Washington en 1942, il demanda l’ouverture rapide d’un second front en Europe. Les accords obtenus fixèrent une coopération sans faire disparaître les méfiances. Molotov défendit aussi les exigences territoriales soviétiques et la reconnaissance de gouvernements favorables à Moscou. À Téhéran, Yalta et Potsdam, il travailla au règlement de l’Europe d’après-guerre, notamment sur la Pologne, les réparations et les frontières.
Diplomate et acteur du stalinisme
Son endurance et sa maîtrise des dossiers impressionnaient même ses adversaires. Mais séparer le diplomate compétent du dirigeant stalinien serait artificiel. Il appliqua les politiques de répression à l’intérieur et défendit à l’extérieur les annexions réalisées entre 1939 et 1940. Même lorsque son épouse Polina Jemtchoujina fut arrêtée en 1949, il ne rompit pas publiquement avec Staline.
Fin de guerre et après-guerre
Il reste ministre des Affaires étrangères jusqu’en 1949, puis de 1953 à 1956. Opposé à Khrouchtchev, il rejoint en 1957 le « groupe antiparti », perd ses fonctions et est exclu du parti en 1962. Il y est réadmis en 1984.
Héritage et distinctions
Diplomate endurant et exécutant central du stalinisme, Molotov est indissociable des succès diplomatiques soviétiques comme des politiques de terreur du régime.
Après sa chute politique, Molotov continua de justifier Staline et le pacte de 1939. Son nom survit aussi dans l’expression « cocktail Molotov », popularisée par les Finlandais pendant la guerre d’Hiver en réponse ironique aux « paniers à pain de Molotov », nom donné aux bombes soviétiques. Cette anecdote ne doit pas éclipser son rôle central dans la politique soviétique pendant plus de trente ans.