Maréchal de l’Union soviétique
1897 — 1973
À retenir
Ivan Koniev commanda plusieurs fronts soviétiques et participa aux grandes offensives qui conduisirent l’Armée rouge de Koursk à Prague. Il fut l’un des principaux rivaux et partenaires de Gueorgui Joukov.
Jeunesse et formation
Issu d’une famille paysanne du nord de la Russie, Koniev travaille dans l’exploitation forestière avant d’être mobilisé en 1916. Il rejoint les bolcheviques en 1918 et sert dans l’Armée rouge durant la guerre civile.
Débuts professionnels
Officier politique puis commandant, il suit les écoles militaires soviétiques et dirige successivement une division, un corps et une armée. Il échappe aux purges qui frappent une grande partie du haut commandement.
Koniev acquit une expérience politique et militaire pendant la guerre civile, notamment en Sibérie et en Extrême-Orient. Il suivit ensuite l’académie Frounze et gravit rapidement les échelons. SA carrière combina fonctions de commissaire et commandements opérationnels, caractéristique d’une Armée rouge où la loyauté au parti restait essentielle.
En 1938, il commanda une armée en Mongolie puis le district militaire du Transbaïkal. Il ne fut pas victime des purges, mais évolua dans une institution où l’échec pouvait conduire à l’arrestation. Cette pression apparaît clairement après l’encerclement de Viazma en octobre 1941, lorsque son front perdit une grande partie de ses forces.
Seconde Guerre mondiale
1941–1942
Il commande le front Ouest lors de la catastrophe de Viazma, mais l’intervention de Joukov lui évite une sanction fatale. Il dirige ensuite les fronts de Kalinine et du Nord-Ouest.
1943–1944
À Koursk puis dans la reconquête de l’Ukraine, il se distingue lors de l’offensive Korsoun-Chevtchenkovski et devient maréchal. Son 1er front ukrainien atteint la Pologne et établit une tête de pont sur la Vistule.
1945
Il libère une partie de la Silésie, atteint l’Elbe, participe à l’encerclement de Berlin par le sud puis conduit l’offensive de Prague.
De Viazma à Koursk
Après la catastrophe de Viazma, Koniev fut sauvé d’une probable sanction par Joukov et reçut le front de Kalinine. Ses offensives de 1942 dans le secteur de Rjev obtinrent peu de résultats et coûtèrent cher. En 1943, à la tête du front de la Steppe, il engagea les réserves soviétiques après l’échec de l’offensive allemande à Koursk et participa à la reprise de Belgorod et Kharkov.
L’Ukraine et la Vistule
Ses forces franchirent le Dniepr et jouèrent un rôle majeur dans l’encerclement de Korsoun. L’opération fut une victoire soviétique, même si une partie des troupes allemandes réussit à s’échapper. Au printemps 1944, l’offensive Ouman-Botoșani progressa rapidement à travers l’Ukraine occidentale jusqu’en Roumanie. L’offensive Lvov-Sandomierz conduisit ensuite à la création d’une solide tête de pont sur la Vistule.
1945 : de la Vistule à Prague
Le 1er front ukrainien libéra le complexe d’Auschwitz le 27 janvier 1945, conquit une grande partie de la Silésie et atteignit l’Oder. Pendant la bataille de Berlin, Staline mit Koniev et Joukov en concurrence, modifiant leurs limites d’opération à mesure que l’offensive avançait. Les armées de Koniev fermèrent l’encerclement au sud, rencontrèrent les Américains sur l’Elbe puis se dirigèrent vers Prague, prise après la capitulation allemande.
Violence de guerre et mémoire
Les troupes de ses fronts participèrent à la destruction du régime nazi et à la libération de millions de personnes, mais l’avance soviétique s’accompagna aussi de pillages, d’exécutions et de violences sexuelles massives. Koniev opérait dans un système qui tolérait ou réprimait inégalement ces crimes. Après la guerre, son rôle dans l’écrasement de l’insurrection hongroise de 1956 confirma qu’il restait un serviteur du pouvoir soviétique, et non seulement un libérateur militaire.
Fin de guerre et après-guerre
Après la guerre, Koniev commande les forces soviétiques en Autriche et en Allemagne. Il dirige les forces du pacte de Varsovie et supervise en 1956 l’intervention soviétique en Hongrie.
Héritage et distinctions
Deux fois Héros de l’Union soviétique, Koniev est célébré comme libérateur dans la mémoire soviétique, mais son rôle dans l’imposition de la domination soviétique en Europe centrale rend son héritage controversé.
Ses monuments ont été célébrés puis contestés en Europe centrale. Cette évolution ne nie pas ses succès contre l’Allemagne nazie ; elle rappelle que la libération par l’Armée rouge fut suivie dans plusieurs pays par l’établissement de régimes dépendants de Moscou. La biographie de Koniev appartient donc à la fois à l’histoire de la victoire et à celle de la domination soviétique.