Maréchal et ministre de la Défense
1882 — 1955
À retenir
Rodolfo Graziani fut l’un des principaux chefs militaires du fascisme italien. Responsable de campagnes coloniales d’une grande violence en Libye et en Éthiopie, il commanda en Afrique du Nord puis servit la République sociale italienne aux côtés de l’Allemagne.
Jeunesse et formation
Issu d’une famille modeste, Graziani entre dans l’armée et sert en Érythrée puis pendant la Première Guerre mondiale, où il devient l’un des plus jeunes colonels italiens.
Débuts professionnels
Dans les années 1920 et 1930, il conduit la reconquête fasciste de la Libye par la déportation, les camps et les exécutions. En Éthiopie, il commande le front Sud puis devient vice-roi. Après un attentat en 1937, la répression d’Addis-Abeba fait des milliers de victimes.
Graziani acquit SA réputation dans les guerres coloniales. En Cyrénaïque, il participa à la destruction de la résistance sénoussie par les déportations de populations, les camps de concentration, les exécutions et l’isolement des combattants. La capture et la pendaison d’Omar al-Mokhtar en 1931 symbolisèrent cette répression.
En Éthiopie, ses forces employèrent des armes chimiques et menèrent des représailles contre les civils. Devenu vice-roi, il survécut à un attentat en février 1937. Les violences qui suivirent à Addis-Abeba, connues sous le nom de Yekatit 12, furent commises par les forces italiennes et des civils fascistes dans un climat d’impunité encouragé par les autorités.
Seconde Guerre mondiale
1940–1941
Chef d’état-major de l’armée puis gouverneur de Libye, il lance à contrecœur l’offensive contre l’Égypte. La contre-offensive britannique détruit une grande partie de la 10e armée et entraîne son remplacement.
1943–1945
Après la chute de Mussolini, Graziani rejoint la République sociale italienne et devient ministre des Forces armées. Il tente de reconstituer une armée fasciste et combat les partisans aux côtés des Allemands.
L’offensive d’Égypte
Graziani succéda à Balbo après la mort de celui-ci et reçut l’ordre d’avancer depuis la Libye. Il souligna les faiblesses de ses forces mais obéit en septembre 1940. L’armée italienne s’arrêta à Sidi Barrani et aménagea des camps séparés, difficiles à soutenir mutuellement. L’opération Compass, lancée par une force britannique plus petite mais mieux coordonnée, transforma la position en désastre.
La 10e armée fut en grande partie détruite ou capturée et la Cyrénaïque perdue. Graziani quitta son commandement et resta en retrait jusqu’à la chute de Mussolini. Son échec révéla les déficiences du commandement, de la motorisation et de la logistique italienne, mais aussi les conséquences d’objectifs politiques imposés sans moyens suffisants.
La République sociale italienne
En 1943, contrairement à plusieurs maréchaux, il choisit de rejoindre Mussolini dans le nord occupé par l’Allemagne. Comme ministre des Forces armées, il tenta de recruter une nouvelle armée et fit appliquer la conscription. Les refus alimentèrent la Résistance ; les autorités fascistes et allemandes répondirent par les arrestations, les représailles et les exécutions. Les divisions de la RSI combattirent surtout sur le front italien ou contre les partisans.
Crimes coloniaux et justice inachevée
L’Éthiopie demanda son extradition comme criminel de guerre, mais les priorités de la guerre froide et la volonté de stabiliser l’Italie empêchèrent ce procès. SA condamnation italienne porta sur la collaboration avec l’Allemagne, non sur la Libye ou l’Éthiopie. La réduction rapide de SA peine illustre les limites de l’épuration italienne et l’effacement durable des victimes coloniales.
Fin de guerre et après-guerre
Il se rend en avril 1945. Condamné en 1950 à dix-neuf ans de prison pour collaboration, il est rapidement libéré grâce aux amnisties. Les demandes éthiopiennes visant à le juger pour crimes de guerre n’aboutissent pas.
Héritage et distinctions
Graziani symbolise la continuité entre violence coloniale et guerre fasciste. SA réhabilitation partielle dans certains milieux italiens demeure l’objet de fortes controverses.
Dans les années 1950, Graziani devint président d’honneur du Mouvement social italien, héritier politique du néofascisme. Les hommages qui lui furent rendus plus tard, notamment un mausolée financé localement, provoquèrent des protestations. Son parcours oblige à relier la violence fasciste en Europe aux méthodes expérimentées auparavant dans les colonies.