Feld-maréchal et chef d’état-major
1883 — 1963
À retenir
Alan Brooke, futur vicomte Alanbrooke, fut chef de l’état-major impérial britannique de 1941 à 1946. Principal conseiller militaire de Winston Churchill, il joua un rôle central dans la définition de la stratégie alliée en Europe et en Méditerranée.
Jeunesse et formation
Né en France dans une famille anglo-irlandaise, il est formé à la Royal Military Academy de Woolwich. Officier d’artillerie pendant la Première Guerre mondiale, il développe une expertise dans l’emploi coordonné des feux.
Débuts professionnels
Dans l’entre-deux-guerres, Brooke occupe des postes de formation et d’état-major. Il devient l’un des officiers les plus respectés de l’armée britannique et commande un corps en France en 1939.
Spécialiste de l’artillerie, Brooke avait appris pendant la Première Guerre mondiale à coordonner les tirs, l’infanterie et le renseignement. Dans les années 1930, il contribua à la modernisation de l’armée britannique et insista sur la nécessité d’un corps expéditionnaire bien entraîné. Son tempérament réservé et analytique contrastait avec l’imagination foisonnante de Churchill.
Lors de la campagne de 1940, il reçut le commandement du IIe corps au milieu de la retraite. Il jugea rapidement la situation française irrécupérable et soutint l’évacuation. Renvoyé en France quelques jours après Dunkerque pour commander les forces restantes, il convainquit Churchill qu’une nouvelle tête de pont ne pouvait être tenue. Cette franchise contribua à la confiance que le Premier ministre lui accorda ensuite.
Seconde Guerre mondiale
1940–1941
Pendant la campagne de France, il prend le commandement du IIe corps et participe à l’évacuation. Il dirige ensuite les forces chargées de défendre le Royaume-Uni contre une invasion.
1941–1945
Nommé chef de l’état-major impérial en décembre 1941, il préside à partir de 1942 le comité britannique des chefs d’état-major. Il défend une stratégie méditerranéenne avant l’assaut transmanche et confronte régulièrement Churchill lorsque les projets du Premier ministre lui paraissent irréalistes. Il participe aux grandes conférences interalliées et soutient la préparation d’Overlord.
Principal conseiller militaire de Churchill
Comme chef de l’état-major impérial, Brooke devait transformer les objectifs politiques du Premier ministre en stratégie réalisable. Leurs échanges furent souvent orageux. Brooke s’opposa à plusieurs opérations périphériques ou improvisées, tout en soutenant l’effort en Méditerranée lorsqu’il permettait d’affaiblir l’Axe avant un débarquement en France. Il devait également arbitrer les demandes des différents théâtres avec des ressources limitées.
La stratégie de coalition
À la tête du comité des chefs d’état-major, il participa aux conférences de Casablanca, Washington, Québec, Le Caire, Téhéran et Yalta. Les Britanniques privilégiaient souvent une progression méthodique par la Méditerranée, tandis que les Américains réclamaient une offensive transmanche rapide. Brooke accepta Overlord lorsque les moyens furent réunis et contribua à en fixer les conditions. Il aurait souhaité en recevoir le commandement, mais la prépondérance américaine rendit la nomination d’Eisenhower logique.
La guerre contre le Japon
Brooke ne limita pas son travail à l’Europe. Il devait préserver les communications impériales, soutenir l’Inde et préparer la reconquête de l’Asie du Sud-Est. La priorité donnée à l’Allemagne entraîna cependant des pénuries persistantes sur ces théâtres. Ses décisions doivent donc être lues comme celles d’un responsable global, confronté à des choix où aucun front ne pouvait recevoir tout ce qu’il demandait.
Une influence exercée dans l’ombre
Contrairement aux généraux de terrain, Brooke ne remportait pas directement de bataille. Son rôle était de choisir quelles batailles livrer, quand et avec quels moyens. Ses journaux montrent SA fatigue, son irritation envers Churchill et parfois des jugements sévères sur les alliés. Ils constituent une source exceptionnelle, mais aussi personnelle : ils ne doivent pas être lus comme un verdict définitif sur tous ses interlocuteurs.
Fin de guerre et après-guerre
Élevé à la pairie en 1945, il quitte ses fonctions en 1946. Il devient chancelier de l’université Queen’s de Belfast et exerce diverses responsabilités publiques.
Héritage et distinctions
Moins célèbre que les commandants de terrain, Alanbrooke fut pourtant l’un des architectes essentiels de la stratégie britannique. Ses journaux offrent un témoignage majeur, parfois sévère, sur la direction politique et militaire de la guerre.
Son apport majeur fut de maintenir une direction stratégique professionnelle au cœur d’un gouvernement dominé par une personnalité politique exceptionnelle. Il empêcha plusieurs dispersions dangereuses sans toujours parvenir à imposer ses propres préférences. Cette capacité à contredire Churchill tout en conservant SA confiance explique pourquoi de nombreux historiens le considèrent comme le plus important soldat britannique de la guerre.