Maréchal et chef du gouvernement
1871 — 1956
À retenir
Pietro Badoglio fut chef d’état-major de l’armée italienne, gouverneur de Libye et vice-roi d’Éthiopie. Après la chute de Mussolini en juillet 1943, il dirigea le gouvernement qui signa l’armistice avec les Alliés.
Jeunesse et formation
Officier d’artillerie, Badoglio participe aux campagnes coloniales puis à la guerre italo-turque. Pendant la Première Guerre mondiale, il progresse rapidement après les combats de l’Isonzo, malgré la controverse sur SA responsabilité dans la défaite de Caporetto.
Débuts professionnels
Chef d’état-major général sous le fascisme, il reçoit le titre de maréchal. Gouverneur de Libye puis commandant en Éthiopie, il supervise une guerre marquée par l’emploi italien d’armes chimiques et par de graves violences contre les civils.
Badoglio bâtit SA carrière dans les guerres de l’Italie libérale puis fasciste. À Caporetto en 1917, son corps d’armée fut percé ; la répartition des responsabilités entre lui, Cadorna et les autres commandants reste débattue. Malgré cet échec, il devint sous-chef puis chef d’état-major et reçut des titres et honneurs du régime.
En Libye, comme gouverneur, il participa à la politique de « pacification » fondée sur les déplacements forcés, les camps et la destruction des moyens de subsistance. En Éthiopie, il remplaça De Bono et acheva la conquête en utilisant notamment des gaz de combat interdits. Ces actes ne furent pas des excès périphériques : ils faisaient partie de la guerre coloniale menée par l’État italien.
Seconde Guerre mondiale
1939–1940
Hostile à une entrée en guerre qu’il juge prématurée, il reste chef d’état-major lorsque Mussolini attaque la France puis la Grèce. L’échec en Grèce entraîne SA démission en décembre 1940.
1943–1944
Le roi Victor-Emmanuel III le nomme chef du gouvernement après l’arrestation de Mussolini. Badoglio dissout les institutions fascistes tout en proclamant d’abord la poursuite de la guerre. Son gouvernement négocie secrètement l’armistice, annoncé le 8 septembre 1943, puis fuit Rome. Dans le Sud, il déclare la guerre à l’Allemagne.
1940 : des réserves sans rupture
Badoglio savait que les forces italiennes manquaient d’équipement, de carburant et de préparation pour une guerre longue. Il exprima ses objections, mais resta en fonction lorsque Mussolini entra dans le conflit pour profiter d’une victoire allemande qu’il croyait proche. L’invasion de la Grèce, mal préparée et engagée sans coordination suffisante, provoqua une crise qui entraîna SA démission.
Le gouvernement des « quarante-cinq jours »
Après l’arrestation de Mussolini le 25 juillet 1943, Badoglio annonça que la guerre continuait, afin de ne pas provoquer immédiatement une réaction allemande. En parallèle, ses représentants négocièrent avec les Alliés. Cette double politique gagna peu de temps et ne produisit pas de plan clair pour défendre Rome, désarmer les unités allemandes ou informer les commandants italiens.
L’armistice signé le 3 septembre fut annoncé le 8. Le roi, Badoglio et une partie du gouvernement quittèrent Rome pour Brindisi. L’armée, privée d’ordres cohérents, se désagrégea ; des centaines de milliers de soldats furent désarmés et déportés par les Allemands. Certaines unités résistèrent, notamment à Céphalonie, tandis que le pays entrait dans la guerre civile.
Rupture avec l’Axe et continuité de l’État
Le gouvernement Badoglio permit à l’Italie du Sud de rejoindre les Alliés comme cobelligérante et conserva une administration nationale. Mais il protégea aussi la monarchie, de nombreux cadres de l’ancien régime et SA propre personne. La « svolta di Salerno » de 1944 élargit le gouvernement aux partis antifascistes, sans effacer le discrédit causé par la fuite de Rome et l’impréparation de l’armistice.
Fin de guerre et après-guerre
Sous la pression des partis antifascistes, il quitte le pouvoir en juin 1944. Il se retire de la vie publique et n’est pas jugé pour les crimes coloniaux réclamés par l’Éthiopie.
Héritage et distinctions
Badoglio reste une figure profondément ambivalente : acteur majeur des conquêtes fascistes, il devient ensuite l’instrument de la rupture avec l’Allemagne sans avoir préparé efficacement l’armée et la population aux conséquences de l’armistice.
Badoglio ne fut ni un résistant précoce ni un simple exécutant sans choix. Il servit longuement le fascisme, participa aux crimes coloniaux, puis contribua à sortir l’Italie de l’alliance allemande lorsque le régime s’effondra. L’absence de procès après la guerre favorisa une mémoire nationale qui dissocia longtemps les violences coloniales de la Seconde Guerre mondiale.